L'ENCERCLEMENT

J’appartiens à une génération qui n’a pas vécu la guerre. Et pourtant l’idée de guerre me guette et m’encercle. Plusieurs encerclements coexistent. Celui de la mémoire bien sûr, déjà évoqué, une mémoire collective, mais aussi l’encerclement géographique. Si la guerre n’est pas là, elle est ailleurs, plus loin et rôde toujours sur la terre. Il y a aussi l’encerclement des images, réelles ou fictives, se combinant entre elles pour se sédimenter dans les « strates » de la guerre. La guerre est en nous, présente, dans les replis de la mémoire, dans les replis de notre « corps historique ». Elle nous constitue et constitue l’un des multiples rapports que nous entretenons avec le monde. Enfant, dans ma conscience balbutiante de l’Histoire, je croyais que la guerre était « derrière » nous. Adulte, je sais qu’elle est autour de nous et donc toujours « devant ». L’espace de la guerre en tant qu’espace-temps s’est étiré, s’est déplacé. Il emplit tout l’espace-lieu.

Galerie de photos
Ville d'Altkirch (Projet labellisé) - Mai Juillet 2014
LA GUERRE EN MEMOIRE

Le sol et les figurines de soldats sont recouverts de poudre de pierre. Positionnées comme au combat ou renversées, l’espace blanc et immobile sur lequel elles sont installées renvoie à un espace mental. Des photos de guerre sont placées au sol et les figurines guerroient sur des images d’archives. Les guerres s’empilent dans la mémoire.
J’utilise la poudre de calcaire car, comme dans les fontaines pétrifiantes où tout semble s’être figé, suspendu dans le temps, ici, c’est l’espace même qui est pétrifié. Pétrifiés les soldats, pétrifiées les armes, pétrifiée la guerre au fond de la mémoire. Le temps même s’est pétrifié. Et la conscience aussi, comme il lui arrive parfois, quand on tente de sonder, bien au-delà de toutes les raisons invoquées, ce qui préside à la destruction massive. L’univers est dénué de couleurs. Noir et blanc pour les archives de guerre. Noir et blanc pour la mémoire. Blanc pour le deuil. Tous les soldats identiques dans le blanc.

Ville de Nancy (Projet labellisé) - Sept Oct 2014
CAMPAGNES

Comment la guerre s’est-elle inscrite dans la mémoire des hommes depuis la nuit des temps ? D’abord portée par les récits, la peinture ou le dessin, à partir de la grande Guerre, la photographie a largement contribué à diffuser les images de guerre. Aujourd'hui, la vidéo s'en est emparée. Que faisons-nous de ces images ? Comment tombent-elles en nous ? Et en s'y déposant, la guerre ne s'est-elle pas en quelque sorte fossilisée dans le corps des hommes, dans ce qu’on pourrait nommer leur corps « historique », formant un substrat, un limon comme on en trouve dans les couches géologiques. Un limon fait tout à la fois d’images, de peur, de souffrance et de mort, enfoui au plus profond dans le corps des hommes et que l’Histoire fait resurgir par périodes. Des « strates » de guerre qui font partie intégrante de l’Homme. Une composante majeure de sa mémoire. Proche ou lointaine, consciente ou inconsciente.

ESPE RENNES - Nov-Déc 2014
Galerie pédagogique de Merdrignac - Collège de Plémet – Bibliothèque de Tréméloir - 2015